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Mercredi 29 août 2007 3 29 /08 /Août /2007 18:10

La Hollande est réputée pour ses moulins à vent, ses champs de tulipes colorés, ses sabots de bois, ses fromages (Gouda, Edam, Maasdam, Mimolette…) et bien sûr, sa législation permissive qui autorise la consommation de drogues dites douces (herbes, champignons magiques, speed et autres pillules chimiques de type ecstasy) ainsi que la prostitution. Pour 3 Euro, on peut s’envoler au coffee, pour 50, on s’envole au 7ème ciel.

 

Les Hollandais sont un peuple tolérant. De telles pratiques, passables d’années d’emprisonnement dans les autres pays de l’Union Européenne, n’étonnent plus les Néerlandais. En rentrant de l’école, les enfants passent devant les terrasses enfumées des coffee shops ou encore devant les vitrines des prostituées à demi nues qui ajustent leur string dans des positions aguichantes.

 

Pas étonnant dès lors que tout nouveau venu au royaume de sa Majesté Béatrix – la Hollande est une monarchie constitutionnelle – soit accueilli à bras ouverts et invité à préserver ses coutumes et croyances, au nom de la tolérance et de l’amitié entre les cultures. Les homosexuels y sont encouragés à s’exposer en public et à revendiquer leur sexualité. Les musulmans bénéficient d’aides publiques pour construire des mosquées et des écoles publiques musulmanes.

 

Ce que n’avaient pas compris les Hollandais, c’est que le fait d’être soi-même tolérant ne signifie pas que tout le monde le soit. Un peu comme les britanniques qui ont favorisé malgré eux l’émergence de cellules terroristes au Royaume-Uni en se refusant de censurer des Islamistes notoires tels que Abou Hamza al-Masri, au discours aussi effrayant que son apparence (je rappelle qu’il est borgne et qu’un crochet remplace l’une de ses mains). Un peu comme ces presbytériens Coréens illuminés, persuadés que l’on peut parler de Dieu (leur dieu) et convertir des talibans au christianisme, et qui se font finalement exécuter par ceux qu’ils étaient venus « sauver ».  Voilà le genre d’attitude dangereuse qu’adoptaient les Hollandais.

 

Aujourd’hui, comme les Anglais et ces quelques Coréens, les Hollandais prennent de plus en plus conscience de leurs erreurs et se mettent à les regretter. L’assassinat de Theo Van Gogh en 2004 était un des premiers signes forts de ce que de plus en plus de Hollandais « de pure souche » sentaient monter : l’islamisation de leur société et la hausse des tensions entre les communautés religieuses. Dans les quartiers ouest d’Amsterdam où se concentre une importante communauté marocaine, on n'entend pas parler Néerlandais. Nombreux y sont les jeunes de 15 ans qui portent la jellabah, se gavent d’idéologie fondamentaliste sur Al Jazeera, vont peu à l’école, sauf si elle est musulmane, et maîtrisent mal la langue du pays qui les a vus naître. Il est surprenant de voir autant de jeunes traîner en semaine au bas des cages d’escalier. La loi ne les oblige-t-elle pas à assister aux cours ?

 

De passage sur Amsterdam pour un voyage d’affaire, un collègue Japonais s’interroge sur le nombre considérable de femmes voilées dans le tramway, alors qu’il se rend chez un client. Il s’imaginait les Hollandaises grandes et blondes... Mais c’est qu’en semaine, à cette heure-là, les grandes et blondes Hollandaises, elles travaillent ! Ne restent que les Marocaines et les Turques, les cheveux toujours dissimulés sous un long foulard qui leur recouvre les épaules, parfois gantées, portant un voile facial et des lunettes de soleil, voire carrément la burka, et de temps en temps accompagnées de leur mari, en jellabah, barbe fournie et couvre-chef traditionnel. Ne travaillent-ils pas ? Nul besoin ! Les allocations sont certes légères, mais suffisantes pour vivre correctement, du moment qu’on ne sort pas – sauf pour aller à la mosquée bien sûr. Trêve de cynisme facile, de quoi vivent-ils ??? C’est une question que je me pose tous les jours lorsque je vois ces hordes de jeunes Marocains qui traînent dans les rues, pendant que leurs camarades Hollandais sont au lycée, à la faculté ou au boulot pour les plus âgés.

 

Les femmes sont quasiment toujours « recrutées » dans leur pays d’origine, et ne parlent pas le néerlandais. Grâce au rapprochement familial, elles bénéficient d’un visa dès leur arrivée en Hollande. Elles mettent ensuite au monde des enfants auxquels elles ne s’expriment qu’en arabe et qui iront dans des écoles musulmanes où le néerlandais n’a que peu de place. Au supermarché, les caissières portent un uniforme aux couleurs de leur enseigne mais sont autorisées à conserver leur foulard. Je n’avais vu de caissières en foulard nulle part ailleurs. Impressionnant, de les voir toutes alignées derrière leur caisse avec leur voile, car elles sont en grande majorité de confession musulmane.

 

Mon ami Ahmed, Français d’origine Algérienne, est venu passer un week-end chez moi, à Amsterdam. Pour la première fois de sa vie, il a vu une burka !!!  «Mais tu sais que je vais en Algérie tous les ans, et que je n’ai jamais vu de burka là bas ! 'Faut que je vienne à Amsterdam pour en découvrir ! Pire, les femmes musulmanes, elles portent plus le foulard ici qu’au Maghreb ! » . Et c’est vrai. Mais pourquoi font-ils chez nous ce qu’ils ne faisaient pas chez eux ? Est-ce de la provocation ?

 

On pourrait penser que la vie en communauté, en minorité, dans un pays qui n’est pas leur patrie d’origine, pousse ces Marocains et ces Turcs de Hollande à revendiquer avec exacerbation ce qu’ils croient être leur véritable et unique identité afin de ne pas s’égarer, de ne pas se renier. Alors ce qu’ils ne faisaient pas chez eux, ils le font ici. Ceux qui n’avaient jamais lu le Coran se mettent à le lire lorsqu’ils emménagent en Occident ; celles qui n’avaient jamais porté le voile ne le quittent plus dès qu’elles rejoignent leur mari en Europe ; ceux qui n’avaient jamais mis les pieds dans une mosquée ne manquent plus une prière, etc.

 

 

 

Cette année, pour la première fois en ce sens, une loi a été votée pour interdire le port de la burka et des voiles faciaux dans les transports en commun. Ailleurs les femmes font ce qu’elles veulent ; mais de toute manière, cette loi n’est pas respectée par les intéressées. Il est aussi désormais interdit de monter avec plus de 2 poussettes dans le tramway. Le poinçonneur n’oublie jamais de me le rappeler lorsque je m’apprête à monter avec mon bébé, m’obligeant à attendre le prochain tram, en espérant que les quotas ne soient pas atteints. En revanche, il ne dit rien à la dame en burka... Il aurait trop peur d’être traité de raciste. Mon bébé lui, devra attendre sous la pluie. La prochaine fois je mettrai une burka.

Par Shiro Yoshida, diplomate - Publié dans : La Cata
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