Catastropher

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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /Déc /2009 15:08


Plus d’un an après nous avoir contactés, pour nous relater l’odieuse arnaque dont elle était le jouet (voir l’article consacré à ses démêlés avec Frédéric Vignale, mythomane en série), Marie-Élisabeth Claustre publie l’ouvrage qu’elle avait promis, comme elle le dit elle-même, à son frère et à tous ceux qui croient ce dernier innocent de l’homicide dont il est accusé.

La Catastrophe Internationale a lu le livre.

Et, contre toute attente, l’a trouvé bon.

 

C’est le roman d’une femme détruite.

C’est l’histoire d’une sœur qui se démène, se bagarre, se met à genoux dans la prière, s’en prend à Dieu, invective la création toute entière, parle aux animaux, cogne à toutes les portes, écrit aux confins de la raison et du ridicule, de la sagesse et de la folie, afin que tous entendent ceci : Patrice Claustre n’est pas un assassin.

 

Qui est Patrice Claustre ?

C’est un « garçon sain, doux et gentil. Généreux de cette bonté authentique qui ne se traduit pas en paroles, mais en actes. Il a du poétique en lui. Simple et réservé, il est tout le contraire de mon exubérance, mon espièglerie, mon trépignement. » Le trépignement de Marie-Élisabeth Claustre, la sœur, l’auteur, qui a écrit ce récit pour « remettre en branle, à défaut d’accélérer, la machine judiciaire qui, si elle l’a écroué [son frère Patrice], peut seule le libérer. »

 

Et en effet, Patrice Claustre est en prison pour homicide volontaire sur la personne de Philippe Polge, son ami et logeur de 1990 jusqu’à sa mort, survenue en février 2000 dans des conditions pour le moins sordides :

 

Claustre découvre un matin le corps inanimé de Polge, dans leur appartement marseillais. L’homme a été frappé de part en part à l’arme blanche, et à coups de chandelier. Claustre est immédiatement suspecté – ce qui est la procédure, comme le rappelle sa sœur – mais la présomption d’innocence va rapidement se changer en recherche du coupable idéal (« sous fond d’homophobie policière », comme l’évoque la quatrième de couverture), parce qu’il est au mauvais endroit au mauvais moment. Claustre va dés lors passer sa vie en prison, de cellules en cellules, alors qu’aucune preuve, aucun mobile avéré, aucune empreinte, aucun témoignage et aucun aveu ne vient corroborer son éventuelle culpabilité, voire même sa participation au meurtre. De l’an 2000 jusqu’à aujourd’hui, Claustre aura été jugé deux fois en Assises, aura été libéré deux fois pour être ré-incarcéré, aura élu domicile dans pas moins de quatre établissements pénitentiaires, multipliant les quiproquo juridiques. Toujours sans preuve, ni aveu. Au contraire, depuis bientôt dix ans, Claustre crie son innocence à qui veut l’écouter, et son entourage – sa sœur au premier chef – relaie cette version, jusque dans les média, d’où la parution de ce livre. Et d’où ce titre plein de rancœur et de récriminations.

 

Un plaidoyer, donc, qui cherche plus à comprendre les tenants et aboutissants de cette affaire de meurtre – « un bâclage judiciaire », réellement – à laquelle se trouve mêlé son frère cadet, qu’à strictement établir son innocence. Et c’est là que le livre touche juste. Bien sûr, chaque chapitre se dévoue parfaitement à la cause de cet homme qui ne comprend pas pourquoi, ni même de quoi, on l’accuse. Bien sûr, chaque mot déborde d’un amour sans fin pour celui qu’on enferme. Mais l’enquête, dirigée conjointement par la sœur Claustre, l’avocat Gilbert Collard et le journaliste Yves Hilmann – celle que les flics et la Justice, précisément, auraient dû mener –  déchaîne les colères, les déceptions, les torrents de questions ; et ce livre n’est que ça, en définitive : un immense point d’interrogation cloué sur toutes les errances d’un système juridique (pourquoi aucune authentique investigation n’a-t-elle été conduite ?) politique (à qui profitent les erreurs judiciaires ?), médiatique (pourquoi n’a-t-on pas rendu publique cette affaire ?) : le nôtre.

 

Erreur judiciaire ?

Peut-être. Le livre ne tranche pas férocement en faveur de Patrice Claustre, même si l’auteur, obligatoirement partiale, en appelle à la réouverture du dossier et à un troisième procès. Ce qui est bien le moins, quand on découvre l’ampleur, la béance, du laxisme policier. Un sabotage pur et dur.

 

Le récit, chronologique (du début des années 1980 à nos jours), est prenant, raconté à la première personne, ouvert comme un dialogue, parsemé de nombreuses apostrophes à l’adresse du lecteur. Il épuise toutes les pistes, secoue toutes les probabilités, ranime la conscience avachie de l’enquêteur virtuel qui sommeille en nous. L’écriture, vibrionnante de désespoir, sait se faire humble pour conter la peine, et méchante pour exhorter la vérité à sortir de son trou. Un personnage insolite que cette Marie-Élisabeth Claustre, capable d’écrire sur le chat de son frère pendant tout un chapitre (« Le sablier qu’il a dans le crâne lui permet, comme à tout félin, de mesurer le temps. Et, s’il n’a pas conscience de sa propre mortalité, Chouchou le chat sait la tragédie et la distance qui le séparent de mon frère. »), décrire une vision fantomatique apparue sur l’autoroute  (« une forme blanche, translucide et lumineuse, indescriptible, s’est jetée sous nos roues (…) Ca rampait à toute vitesse, c’était gros comme un bébé sans tout à fait évoquer une forme humaine, ça ondulait sur le bitume. C’était vivant. »), ou rapporter une course-poursuite infernale en Catalogne (« Les véhicules qui se suivent dessinent un long ruban de tôle et d’électronique en mouvement. »), en raccordant chaque récit de manière évidente, instinctive, aux injustices qui frappent Patrice. Un ouvrage surprenant, refusé par nombre d’éditeurs pour le motif fallacieux que ni l’affaire ni l’auteur n’étaient  connus.

 

A lire, si vous avez confiance en la justice de votre pays.

 

Voilà, Justice, pourquoi je te hais, de Marie-Elisabeth Claustre, préface de Maître Gilbert Collard. Editions TATAMIS (2009), 183 pages.

 

 

 

Film documentaire - à visionner en mode plein-écran - dans lequel l'avocat Maître Gilbert Collard plaide en faveur de Patrice Claustre. L'auteur du livre, soeur de ce dernier, s'adresse au Président de la République en fin de document.  

 

 

 

  

 

Par Kitty Pryde - Publié dans : Frédéric Vignale, le Roman d'un tricheur
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Commentaires

Bravo pour ce merveilleux livre, et une pensée pour Hans Skinner, qui vit un enfer depuis 1995.

De tout coeur avec Patrice Claustre !

Commentaire n°1 posté par Cesca le 09/05/2010 à 23h13
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